Rugby Club Toulonnais

09 - 09
Football Club Lourdais

Finale du Championnat de France 1967-1968
samedi 16 juin 1968
Stadium à Toulouse
Arbitre : M.Durand
Spectateurs : 28.526
Temps : gris, pluvieux en fin de match.
Terrain : glissant
Score à la mi-temps : 00 - 06
"Certes, nous avons fait une mauvaise partie. Ce n'était pas notre jour, mais quelle équipe en face ! Lourdes est vraiment un beau champion de France. Comment vouliez-vous remuer une mêlée pareille. Nous ne pouvions rien contre la puissance des avants adverses. Ceci explique la domination de Carassus au talonnage. En deuxième mi-temps, quand la pression lourdaise se ralentit vous avez vu que Laugier s'est beaucoup mieux comporté.
Enfin, le meilleur a gagné. Il ne faut pas chercher d'excuses. Notre déception est forte. Elle n'a d'égale que celle de nos supporters, et dire que de sensationnelles réceptions nosu étaient réservées à Toulon ! C'est bien dommage d'arriver si près du but pour s'incliner, mais il nous reste la Coupe.
Nos plus dangereux rivaux : la troisième ligne lourdaise, le tandem Buzy-Massare, ce diable de petit Labarthète et Maurice Prat.
Quant à mes équipiers, je ne dois pas les accabler. Nous avons tous mal joué. Peut-être que Lourdes était trop fort !"
"Nous voulions tous ce titre de Champion de France. Nous le voulions pour couronner notre saison en équipe invaincue. Nous le voulions aussi pour notre entraîneur M.Henri Borde qui, deux fois déjà, mena son équipe en finale sans pouvoir décrocher le titre.
Nous avons fait notre partie normale en ligne d'avants et tous mes camarades ont bien joué, en bloc soudé et homogène, et nos lignes arrières qu'on avait un peu trop vite vouées au rôle de brebis expiatoires face aux croquemitaines toulonnais ont fait mieux que se défendre et ont dominé leurs adversaires".
Quarante clubs sortirent des poules de classement et de brassage. Répartis en huit poules de cinq, ils donnèent seize élus pour les huitièmes. En demis, Lourdes élimina Montferrand (12-0) et Toulon, Vienne (11-6).
Comme en 1931, la composition définitive de l'équipe toulonnaise alimenta la controverse. Après d'interminales hésitations, les dirigeants se décidèrent enfin pour un pack rajeuni. Nombreux sont ceux qui, de Besagne à Mayol, pensent encore aujourd'hui que ce fut alors une funeste erreur.
Les deux piliers titulaires, Siccardi et Scardigli, le troisième ligne centre Delseny et l'avant aile Auger furent donc priés de suivre la rencontre des tribunes... Si l'on y ajoute Gesuele, indiscutable titulaire en première ligne, qui payait d'une saison de suspension une courte escapade treiziste, on s'imagine aisément le potentiel dont était rivée la formation varoise à l'instant d'affronter les solides fantassins de la Bigorre.
En effet, le F.C. Lourdais était alors redouté pour la puissance de ses avants pourtant d'assez courte taille : le plus grand, Lacrampe, ne mesurait qu'1,81 m. Mais le cinq de devant sapait habituellement les adversaires la touche et en mêlée et permettait à la troisième ligne menée par Jean Prat de balayer le terrain en soutien d'attaquants de brave talent et riches de quatre futurs internationaux, dont Claverie, excellent footballeur un temps objet de la sollicitude des clubs professionnels de Toulouse et de Bordeaux.
Les nombreux « mordus » de Toulon qui avaient envahi, bannière en tête, la Cité Rose durent se rendre vite l'évidence. Tordu en mêlée, bousculé sur les regroupements, le pack varois faisait ce qu'il pouvait. Avec un beau courage d'ailleurs autour de la seconde ligne Sancey-Bonnus. A la 25e minute, il concéda une mêlée près e sa ligne. L'arbitre la fit refaire à trois reprises. Les deux premières, les Méditerranéens avaient été plus que chahutés. La troisième, ils furent soulevés et leur groupe éclata comme un fruit sous un formidable mouvement collectif que les amateurs de rugby apprécièrent dans sa sauvage beauté (3-0).
Trois minutes plus tard, Bordenave plaqué par Estrade perdit la balle que Lacrampe ramassa pour lancer la contre-attaque. Claverie, Labazuy et Faget poursuivirent le mouvement. Bernadet reprit le coup de pied de déplacement pour le second essai; 8-0 avec la transformation de Jean Prat. Le titre était acquis alors qu'il restait plus de cinquante minutes de jeu. Carassus blessé en seconde mi-temps, les Toulonnais firent meilleure figure en avant et Bodrero, sur pénalité, ramena la marque à 8-3 (55e). Cinq minutes plus tard, un contre lourdais de Jean Prat sur Frois amena le dernier essai pyrénéen (11-3). C'était suffisant aux Lourdais pour attendre placidement le coup de sifflet final.
in "Encyclopédie du rugby français" de P.Lafond & J-P.Bodis, Editions Dehedin.
Miroir Sprint, 20/04/1948
Toulon et Lourdes ont étonné tout le public du Midi entassé dlmanche au stade des Ponts-Jumeaux, à Toulouse.
Un stade qul s'avêre à peu prés trois fois trop petit pour un événement aussl Important que la finale du championnat de rugby.
On craignait que cette finale, comme beaucoup d'autres, ne montre pas les deux équlpes en présence sous leur meilleur jour. On craignait que tout le poids de la lutte ne reposât sur les deux lignes d'avants. On pensait voir des joueurs contractés, du jeu fermé, un score étrolt, une foule trop passionnée.
Eh bien ! au lieu de cela, le public a assisté à une belle partie de rugby, extrêmement correcte, ouverte, toujours intéressante. Les deux équipes ont joué avec ardeur mais, semble-t-il, pour leur plaisir. Lourdes, menant à la marque, n'a pas systématiquement freiné le jeu. Toulon, mené, n'a pas abandonné la partie, n'a pas fait figure de vaincu et mérlte, à notre avls, de partager les honneurs du match avec Lourdes car c'est avant tout pour la cause du rugby qu'ils ont si bien travaillé.
Ceci dit, précisons tout de suite que le F. C. Lourdais a pleinement mérlté sa vlctolre et le score de Il polnts à 3 qu'il a obtenu. On peut affirmer que le match à pris une tournure définltlve dès la premlère deml-heure de jeu. A la 26' mlnute, en effet, Lourdes menalt déjà par 8 à 0 et les espoirs des Toulonnals étalent sérleusement entamés.
La façon dont furent marqués ces huit points explique parfaitement la tenue d'ensemble de l'équipe lourdalse : A la 22' mlnute, une mêlée se joue à 10 mètres des buts toulonnais. Le talonnage est favorable aux avants de Lourdes qul gardent le ballon dans la mêlée et gagnent ainsi cinq mètres à la poussée. A la suite de quol, une nouvelle mêlée est ordonnée. Même tactlque. Les Lourdais parviennent à 1 mètre de la ligne de buts. Et pour la troisième fois, ils talonnent la balle, engoncent l'adversalre et s'écrasent dans l'en-but toulonnais, marquant le premler essal.
Quatres minutes plus tard, l'avant Lacrampe se salslt de la balle, démarre du milieu du terrain, sert impeccablement la ligne de trois-quarts blen alignée à son côté gauche. La balle vole de mains en mains jusqu'à l'ailier Faget. Celul.ci, bloqué, recentre au pled. La balle est reprise au pled par Prat et l'autre allier Bernadet, brûlant la défense adverse de vltesse, marque le deuxième essal. Prat le transforme en position dlfficile.
En face de la formldable ligne d'avants lourdaise qul, avec les Buzy, Massare, Hourcade, Lacrampe, avaît une puissance de poussée extraordinaire (facilitant la tâche du talonneur Carassus), i1 faut falre l'éloge des avants toulonnaIs qul ont cent fois mieux joué qu'il y a quelque temps, à Paris, en face de l'Aviron Bayonnals.
Il nous a semblé aussl que sur les mêlées ouvertes Toulon avalt obtenu un léger avantage. En tous cas ces avants ont montré un magnifique esprit de lutte. et leurs réactions subites devant le danger furent souvent enthousiasmantes.
La défalte si nette subie par les Toulonnais provient sans doute de ce que leurs lignes arrières n'ont pas bien fonctionné et sont apparues comme déséquilibrées. Le demi d'ouverture, Frois n'était pas dans un bon jour et manqua de chance. Il s'obstina à donner des coups de pied à sulvre qul tombaient dans les bras de l'arrlère Maurice Prat ou du deml de mêlée Labarthéte, deux des me1lleurs joueurs lourdais.
En deuxième ml-temps, Lourdes marqua un trolslème essal par l'IntermédiaIre de Jean Prat qul toucha une balle perdue dans l'en-but toulonnais. Mais cet essai semble un peu bIzarre et ne provlent pas d'un mouvement constructif.
Le deuxième ligne toulonnais Bonnus, qul donna des coups de pied de dégagement remarquables, réusit un but de pénalité".
Ph.Haedens