Tarbes

12 - 31
Rugby Club Toulonnais

Demi-Finale du Championnat de France 1988-1989
Samedi 14 mai 1988
Stade Gerland à Lyon
Arbitre : M.Robin (Périgord-Agenais) assisté de MM.Frantschi (Drôme-Ardèche) et Ceccon (Lyonnais).
Spectateurs : 6.000 environ.
Temps orageux, pelouse en bon état, vent nul.
Score à la mi-temps 18-6
"Le Stado est un beau vainqueur. Je lui souhaite bonne chance. Il n'est plus qu'à quatre-vingts minutes du bonheur suprême"
"Aujourd'hui, nous étions les Toulousains de La Mosson. Nous n'avions pas de nerfs, pas d'influx. Il n'y a que ceux qui n'avaient pas assisté aux deux rencontres de poule contre Tarbes qui ont pu être surpris des problèmes qu'ils nous ont posés en mêlée"
"On leur donne trop de points. Nous faisons un début de match catastrophique. En moins d'un quart d'heure, nous avons déjà 12 points de retard. Je crois que nous n'avons pas assez entrepris. Ou alors, dans le désordre. Et puis nous avons manqué de dynamisme, autant devant que derrière. Peut-être les trois-quarts se sont-ils tenus trop loin des avants ? Nous nous en sommes remis à Bernard Capitani, lequel n'a pas connu sa réussite du samedi précédent. Cette défaite logique ne me rend pas amer. Les propos d'Albert Ferrasse, si. Il doit être content. Je trouve le procédé ignoble. Tout est fait pour qu'Agen soit champion de France".
"Nous n'avons pas su résoudre le problème posé par les Tarbais. La constance de leur pressing défensif, la qualité de leur jeu au pied, leur capacité avancée ont été autant d'écueils que nous n'avons pas su contourner. Alors oui, certainement, nous avons manqué de fraîcheur physique. Aujourd'hui, on ne nous fera pas de reproche sur notre agressivité".
Var Matin, 15/05/1988
Terrassés par quinze tarbais euphoriques, les Toulonnais ne conserveront pas le Bouclier de Brennus durement acquis l'an dernier. Le rêve du doublé s'est envolé, hier, à Lyon (31-12).
"Félicitations à vous, vous avez mérité votre victoire". Lorsqu'il vient de lâcher ces mots empreints de sportivité à l'encontre de Bertrand Fourcade, l'entraîneur du stado, Daniel Herrero, est las. Nu comme un ver, le bandeau rouge défait, le coach "Rouge et Noir" n'a pas la force de se diriger vers la douche, autour de lui les journalistes l'entourent, le pressent comme des rapaces sur leur proie. Certains vont même jusqu'à dire "comme des vautours". ".Je te remercie Daniel, venant de toi je sais que c'est sincère", répond Fourcade rayonnant sur un petit nuage.
Voila comment une passation de pouvoir vient de s'opérer. Le R.C.T. ne sera pas champion de France, il ne conservera pas son Bouclier de Brennus, durement acquis l'an dernier. Quinze tarbais euphoriques et survoltés à l'image d'une troisième ligne superbe et d'un Trille exceptionnel ont terrassé des "Rouge et Noir"émoussés.
D'abord K.-O. puis déboussolé et enfin impuissant. Toulon a perdu sa couronne au cours d'une course poursuite où il s'est épuisé en vain. Mais le rugby n'est pas une course à obstacles à Auteuil, il est des handicaps qu'on ne peut combler. Pourtant, ce n'est pas force d'avoir essayé, mais hier au stade de Gerland les "Rouge et Noir" semblaient apathiques et sans ressort malgré les superbes réactions d'Eric Champ et Jérôme Gallion.
En fait, nous assistions au même scénario qu'un certain Racing-Toulouse à Bordeaux, l'an dernier. La même supériorité intrinsèque d'un champion de France et le même désarroi sur le terrain face à un outsider qui ne doute de rien.
Nous avions le sentiment bizarre qu'à tout moment Toulon pouvait changer le cours des choses, mais cet instant ne vint jamais. Les joueurs toulonnais devaient également penser y parvenir, mais comme les Toulousains à Bordeaux la saison passée, ce qu'ils entreprirent échouait invariablement sur une toile d'araignée bien tissée.
Tactiquement, Tarbes a bien joué le coup, comme en a témoigné le coup d'envoi de Trille loin derrière le pack "Rouge et Noir", surprenant Fourniols. Touche à deux mètres de la ligne, lancer de Bernard Herrero et prise de Régent pour Tarbes. Hondagné sert bien son ouvreur et celui-ci claque le drop. Il y avait 40 secondes que l'on jouait, comme à la Mosson, le R.C.T. partait avec un handicap.
Pas bien grave, me direz-vous, d'autant que Bianchi, à la faveur d'un hors-jeu tarbais, remettait les équipes à égalité des 35 mètres (2e) et que le R.C.T. réussissait un maul profond parfait (5e).
Louvet se faisait ensuite sanctionner hors-jeu, ce dont profitait Trille (8e) qui ne donnera pas longtemps l'avantage dans la mesure où Bianchi répliquait sur pénalité (10e).
Donc le match n'était pas lancé, mais là encore, sur la remise en jeu, Trille évite le pack toulonnais et le formidable récupérateur Orso, pour envoyer loin en face sous les poteaux "Rouge et Noir". Et c'est au tour de Bianchi de se faire piéger. En avant, mêlée introduction tarbaise, celle-ci tourne bien et Janeczek marque un essai surprise transformé par Trille (12e).
Le R.C.T. repart, on sent les avants "Rouge et Noir" appliqués, mais pas trop motivés et sans cette soif de vaincre qu'ils possédaient à Montpellier.
Nouveau maul parfait, les "Rouge et Noir" avancent mais ne restent pas "au près", la balle gicle vers des 3/4 trop à plat et exposés au contre tarbais. Celui-ci viendra par Berdeu et six points de mieux pour le stado (17e).
Toulon est groggy, on sent chez lui cette volonté de se rebeller mais il n'en a pas le pouvoir. Les Tarbais partagent les balles avec les "Rouge et Noir" et les troubles dans la conquête, seul Champ essaie en fond de touche de remettre de l'ordre dans la maison, mais la 3e ligne pyrénéenne est bien fringante, avec un ouvreur en état de grâce qui quadrille bien le terrain par un jeu au pied impeccable.
Le jeu au pied par contre est approximatif à l'image d'un Bianchi troublé par son en-avant, il fut pourtant parfait dans ses tirs au but avec une réussite maximale. L'état de grâce avait par contre abandonné Capitani qui frappa un drop goal sur la transversale.
Rien ne sera marqué jusqu'à la mi-temps et on se demandait alors si le R.C.T. allait enfin trouver la parade et remonter les douze points de handicap (18-6).
A la reprise, Champ faisait une belle passe en fond de touche et perçait avec la complicité de Roux rentré à la mi-temps à la place de Pujolle, provoquant une faute tarbaise. Bianchi réduisait l'écart à 18-9 (43e).
L'espoir sera de courte durée pour Toulon, Arthapignet à la manière d'un 3/4 se joue de trois défenseurs toulonnais, avant de donner à Hondagné qui décale Schneider pour un troisième essai tarbais en coin et transformé (46e). Dès lors Bianchi réussira une quatrième pénalité sur un énième hors-jeu de Tarbes (49e) pour entretenir un faible espoir dans la mesure où le R.C.T. fait le forcing.
Hélas, la 53e minute et une balle perdue en mêlée sur une action de jeu cruciale sapera le moral des "Rouge et Noir".
Le R.C.T. touché au moral encaissera encore un drop de Trille (68e), puis il se lancera dans des attaques désespérées où Gallion, Carbonel, Champ et Roux tentent le tout pour le tout, mais cela au chant du cygne.
Alors l'ours affamé profitera d'une chandelle approximative pour relancer avec Arthapignet, Romulus perce longuement et Crabé se trouve à point nommé pour crucifier le R.C.T. sous les poteaux (80 e).
31-12, quatre essais à rien, la victoire ne souffre d'aucune discussion, Daniel Herrero le dira clairement à Fourcade, le coach heureux".
Jean-Michel MARTINETTI
La victoire surprise de Tarbes sur Toulon en demi-finale ne souffre aucune contestation. L'ours bigourdan a mangé tout cru l'orgre varois, champion 87 et favori de la compétition. Les Toulonnais se sont inclinés sur le score sans appel de 31 à 12 en encaissant quatre essais. Une large défaite qui ouvre les portes du Parc des Princes au Stado.
"Il n'y a pas eu photo à l'arrivée. Le Stadoceste Tarbais a, contre toute attente, dicté sa loi au champion de France, pourtant désigné favori avant la rencontre par tous les pronostiqueurs. Il est vrai que la prestation des Toulonnais face aux Toulousains en quart de finale, à Montpellier, avait impressionné tous les observateurs. Ce match de guerriers, souvent à la limite de la correction, a été dominé de la tête et des épaules par une équipe varoise revancharde, motivée à l'extrême et bien décidée à imposer son défi physique aux hommes de Skréla et Villepreux. Mission accomplie avec une large victoire 21 à 9... qui a quelque peu occulté celle, plus discrète (13 à 6) mais tout aussi inattendue, de Tarbes sur Brive.
Le rôle d'outsider semble donc réussir aux Tarbais, tombeurs de Dax en huitièmes aller et retour, de Brive en quart puis du champion sortant en demi-finale. Un beau tableau de chasse, qui ne doit rien au hasard. Sur la pelouse de Gerland, le Stado, qui débutait la rencontre avec l'aide du vent, a su profiter de cet avantage en prenant d'emblée l'initiative des débats.
Sur une touche jouée dans les vingt deux mètres toulonnais, le troisième ligne aile sud africain de Tarbes, Van Heerden, saute le plus haut, transmet le cuir à Hondagné, lequel donne rapidement à Trille qui fait claquer le drop. Monsieur Robin avait sifflé le coup d'envoi moins d'une minute auparavant. Tarbes ne pouvait rêver d'une meilleure entrée en matière, même si Jérome Bianchi se chargeait deux minutes plus tard de ramener les équipes à égalité en réussissant une pénalité.
Nullement impressionné par la réputation des avants toulonnais, le pack tarbais, bien emmené par Philippe Dintrans, prenait le match à son compte, tandis que Trille, dans un jour faste, continuait de remplir le tableau d'affichage en réussissant une pénalité des... 58 mètres face aux poteaux, sanctionnant une position de hors jeu de Louvet. Tarbes: 6- Toulon: 3.
Réplique presque immédiate de Bianchi qui, des 42 mètres en coin, passe une pénalité consécutive à un mauvais geste sur Eric Champ. Six partout après dix minutes de jeu, pendant lesquelles les spectateurs attendaient fébrilement la première mêlée. Ils allaient bientôt être comblés. Sur une chandelle de Trille, Bianchi commet un en-avant à la réception du ballon. Mêlée sous les poteaux de Toulon à deux mètres de la ligne d'essai. Introduction pour Michel Hondagné. La poussée est bigourdane. La mêlée tourne et l'avant-aile international Thierry Janeczek marque en force le premier essai de la rencontre, transformé par Trille. Tarbes: 12- Toulon: 6. Stupeur chez les supporters toulonnais, venus très nombreux à Lyon et peu habitués à un tel scénario.
Touché dans son orgueil, le champion de France essaye alors de réagir en élargissant le jeu. Sur une relance à la main de Jérome Gallion à hauteur de la ligne médiane, Capitani, moins heureux que face à Toulouse, ouvre sur ses centres. Trémouille, sous la pression de son vis à vis, échappe le ballon dont l'ailier gauche tarbais Eric Berdeu s'empare aussitôt pour marquer un essai de 50 mètres entre les poteaux. 18 à 6 pour le Stado avec la transformation de Trille.
Tarbes a réussi le K.O. Toulon a un genou à terre après seulement vingt minutes de jeu. Epoustouflant. Les vainqueurs de Toulouse sont méconnaissables. Sans doute ont-ils laissé une bonne part de leur influx nerveux lors de ce quart de finale. On ne réédite pas à une semaine d'intervalle des matches aussi engagés que celui de Montpellier.
D'autant que les Tarbais, véritable révélation de cette fin de saison ne sont tout de même pas les premiers venus. N'oublions pas que le pack blanc comptait quatre internationaux: Dintrans, Crémaschi - le seul de l'équipe à avoir déjà dispusté une demi- finale! -, Janeczek et Maleig entré à la place de Régent à la 50ème minute; et que la charnière Hondagné-Trille a elle aussi connue les joies de la sélection.
L'équipe de Bertrand Fourcade n'a pas volé sa place en finale. Elle possède un registre des plus complets. Mêlée puissante, excellente organisation en touche, bon quadrillage du terrain et pressing défensif, jeu au pied de Trille, bonne distribution du jeu par Hondagné... On cherche encore les failles.
Même en touche où Tarbes manque de grands gabarits, on vit le plus souvent Janeczek et Van Heerden prendre le dessus sur Champ et Pujolle, puis Roux en seconde période. La rentrée du jeune deuxième ligne toulonnais sembla toutefois apporter un peu plus de tonus au pack rouge, pas encore résigné en début de deuxième mi-temps. Plusieurs mêlées disputées à proximité de l'en-but tarbais donnèrent quelques frissons aux supporters bigourdans, juste après que Bianchi eut réduit le score à 18-9 pour une position de hors jeu.
Mais Tarbes ne lachait pas prise. Bien au contraire. A la 46ème minute sur une balle récupérée en touche par Régent, Hondagné ouvre sur Schneider, qui sert à son tour Arthapignet. Le numéro huit tarbais, invité de dernière heure pour la tournée en Argentine, passe en revue Roux et Champ, trouve Dintrans au relais, puis Hondagné qui envoie à l'essai son ailier droit Schneider. Du beau travail : 22 à 9 pour Tarbes.
Les partenaires de Gallion tentent alors l'impossible pour refaire leur retard, mais le coeur n'y est plus. En réussissant le K.O d'entrée, Tarbes a coulé Toulon, jamais en mesure de refaire surface et encore moins de remonter ses 13 points de handicap. La fin de match n'allait rien changer. Dintrans et ses hommes, étonnants de maîtrise, ne cédaient pas un pouce de terrain. Arthapignet ne laissait passer personne au ras de la mêlée, les deux centres Labat et Crabé étaient intraitables en défense et Trille reposait l'équipe par ses longs dégagements au pied.
Toulon, certes moins agressif, moins dynamique et moins serein qu'en quart de finale, ne pouvait rien contre ce Stado là, assurément dans un grand jour. Une pénalité de Bianchi, annulée quelques minutes plus tard par un drop de Trille, l'homme du match, ne changèrent pas le cours d'une rencontre dénuée de mauvais gestes - c'est à souligner ! -, plaisante à regarder et ponctuée par un quatrième et dernier essai Tarbais... de 80 mètres.
A l'origine de cette ultime réalisation : le troisième ligne centre Pierre Arthapignet, toujours bien placé en repli défensif, qui récupère un ballon, slalome dans la défense de Toulon avant de trouver Roumulus en soutien. L'arrière tarbais sert son centre Crabé, venu à l'intérieur, qui aplatit entre les poteaux après une course de 50 mètres. 31 à 12, avec la transformation de Trille, pour le Stado qui se retrouve en finale, quinze ans après celle remportée contre Dax. Souvenirs, souvenirs. Un score lourd mais justifié tellement les Toulonnais parurent incapables de développer leur rugby.
Bousculés en mêlée - l'absence de Diaz leur a sans doute été préjudiciable -, contrés en touche, les Varois ont surtout montré des carences dans le domaine de l'attaque. Les ailiers Jehl et Fourniols furent assez peu sollicités tandis que le triangle Capitani, Carbonnel, Trémouille cafouillait ses ballons. Il est vrai que le pressing défensif excercé par la troisième ligne et les centres tarbais poussait les attaquants rouge et noir à la faute. La victoire de Tarbes est avant tout tactique. Mieux organisé, plus dynamique et enthousiaste que son adversaire, le Stado a en outre bénéficié de la botte magique de Jean-Paul Trille, qui a inscrit la moitié des points de son équipe. De son côté, Toulon pourra méditer sur cette défaite en apprenant à être mené et en essayant d'augmenter le volume de son jeu, par trop étriqué".
Olivier BERNIS